Goutte de folie - janvier 2012
Nouvelle année, tous mes voeux mes amis, grain de folie et plein les yeux !
Dès le 26 janvier et jusqu'au 25 février, la Galerie Seine 51 accueille l'exposition "Once again epoustoufly !", points de vue de photographes sur les créations de Pierrot Pillot-Bidon, depuis les roulottes du Cirque Bidon jusqu'à la Place des Anges, en passant par Archaos.
Pour une fois, cela se passe de mots et se mange avec les yeux.
Goutte de rentrée - septembre 2011
Silence de l'été, parenthèse estivale mais studieuse, découverte d'une Tunisie libre, belle, accueillante, inspirante et la découverte des livres d'Albert Memmi.
Une bonne nouvelle de rentrée :
un nouveau petit livre paraîtra ces prochains mois aux Editions Pippa !
Il s'agit d'un texte de ma série de "Coèmes et pontines" pour enfants, qui sera également disponible en anglais.
Le titre : "Pour faire un monde...".
A lire, à voir...
A lire : les mémoires d'Amadou Ampathe Bâ, une extraordinaire saga africaine du début du siècle aux années 80, voyage dans la boucle du Niger, l'histoire de l'Afrique occidentale ce dernier siècle, à travers l'intinéraire d'un homme hors du commun.
Sur scène : "Soif", de Fred Nony, interprété par Corinne Touzet et Fred Nony. Un huis-clos profondément humain, drôle, juste, magnifiquement interprété.
Dans un autre registre... au Théâtre du Rond-Point, "René l'énervé" de Jean-Michel Ribes. L'opéra-bouffe revu et corrigé, avec la causticité de Ribes et la partition brillante de Reinhardt Wagner
Goutte du jour - 10 Mai 2011
Ayez de mauvaises fréquentations !
Et fréquentez le blog de Thierry Savatier.
Vous y découvrirez des ouvrages, des événements, mais surtout un regard, une analyse, une plume exigeants, précis, et savoureux. De ces propos qui donnent le sentiment d'être un peu plus intelligent... Précieux actuellement !
Thierry Savatier a emprunté aux mémoires de Gaston Ferdière le titre de ce blog (destiné à faire partager des impressions sur des livres, des expositions ou l’actualité) parce que les artistes, c’est bien connu, sont presque toujours de mauvaises fréquentations…
Ecrivain, historien, passionné d’art et de littérature, mais aussi consultant en intelligence économique et en management interculturel… Thierry Savatier présente un curieux mélange de genres qui, cependant, communiquent par de multiples passerelles et que nous connaissons bien nous-mêmes...
... en prime, découvrez une magnifique critique de notre Gautier/Dumas qui nous fait grand honneur !
Thierry Savatier est l'auteur de :
Théophile Gautier, Lettres à la Présidente et poésies érotiques, Honoré Champion, 2002.
Une femme trop gaie, biographie d’un amour de Baudelaire, CNRS Edition, 2003.
L’Origine du monde, histoire d’un tableau de Gustave Courbet, Bartillat, 2006.
Courbet e l’origine del mondo. Storia di un quadro scandaloso, Meduza edizioni, 2008.
Goutte du jour - 9 Mai 2011
Le monde de Pippa
Il y a des lieux d'exception et des gens exceptionnels.
Il y a ainsi, à Paris, 25 rue du Sommerard dans le 5ème, au flanc de la Montagne Sainte-Geneviève, la Librairie Pippa et sa créatrice, Brigitte Peltier.
Editrice, libraire et bien mieux encore...
Pippa est une maison d’édition indépendante fondée en 2006 qui publie une collection voyages,Itinérances, une collection jeunesse, les P’tits Pippa, et une collection généraliste, Kolam
Située au cœur du Quartier Latin, la librairie accueille exclusivement des éditeurs indépendants. Dans le cadre de l’économie solidaire, elle est couplée à l’association humanitaire SEME, qui vient en aide aux jeunes en difficulté. Pippa est également une galerie qui présente des artistes peintres, sculpteurs, graveurs.
PIPPA est enfin un lieu d'échange littéraire, artistique et humanitaire, un petit QG solidaire pour tous, un état d’esprit, une ouverture sur le monde, une source d'énergie créatrice et fédératrice pour ceux qui aiment profondément les mots et les images, et placent par-dessus tout le bonheur de les faire partager.
Merci Brigitte pour votre coeur et votre liberté, et merci Sophie pour le plaisir et la qualité que vous offrez aux plus jeunes lecteurs.
Goutte du jour - 21 mars 2011 : Loin des yeux...
"Quand les loups avaient des plumes" a été sélectionné par le comité de lecture du Centre de Transcription et d'Edition en Braille et est désormais disponible pour les lecteurs non-voyants. Une sélection qui me va droit au coeur.
Goutte du jour - 5 mars 2011
"Il ne faut pas croire que le diable ne tente que les hommes de génie. Il méprise les imbéciles, mais il ne dédaigne pas leur concours."
Charles Baudelaire
Mon coeur mis à nu
Je recommande, au passage, le magnifique "Baudelaire" écrit par Théophile Gautier (Le Castor Astral). Peu de pages mais quel portrait... et quelle réflexion sur l'écriture !
Goutte du jour : l'année 2011 s'ouvre dans le vent...
...mais pas n'importe lequel !
Le vent contraire, celui qui souffle sur le site internet impétueux et impertinent initié par l'équipe de Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point.
Des textes, des images, des avis de tempête sous des crânes facétieux, des personnages hors normes... bref à vous de découvrir !
J'y suis accueillie depuis peu comme chroniqueuse,
et je vous invite à rejoindre notre joyeux cercle !
http://www.ventscontraires.net/
Goutte de gratitude - 8 janvier 2010
Un grand merci à ceux qui continuent à faire voguer "Quand les loups avaient des plumes" sur la toile...
Petite moisson d'hiver :
http://www.biblioblog.fr/post/2010/10/18/Quand-les-loups-avaient-des-plumes-Isabelle-Cousteil
http://www.babelio.com/auteur/Isabelle-Cousteil/99444
http://lesfousdelecture.e-monsite.com/blog.html?tag=Isabelle+Cousteil
http://aperto.libro.over-blog.com/article-isabelle-cousteil-quand-les-loups-avaient-des-plumes-61508357.html
http://lagrandestef.over-blog.com/article-quand-les-loups-avaient-des-plumes-de-isabelle-cousteil-61884995.html
http://www.rue-des-livres.com/agenda/2177/quand_les_loups_avaient_des_plumes.html
Goutte de jour de neige - 24 décembre 2010
"Nos habits, nos coiffures, nos meubles et objets de décoration sont inventés par des tailleurs, des perruquiers, des marchands, des laquais et des femmes de chambre. (…) Cependant, si effroyables que soient ces costumes et ces modes, nous les portons et nous les suivons, et les peintres en subissent les conséquences. Qui rendra aux artistes ces beaux pourpoints de velours tout tailladés, ces chemises aux flots abondants, ces amples chevelures, ces longues mains patriciennes balançant un gant de buffle, et ces belles et larges draperies des portraits vénitiens ?
Le costume que nous portons est d’une telle laideur qu’il est impossible d’en tirer le moindre parti : comment voulez-vous qu’on fasse des actions héroïques avec un frac et un pantalon ?"
Théophile Gautier - 1836
Joyeux Noël, quelles que soient vos fourrures et parures !
Gouttes de jour d'espoir - 30 Novembre 2010
Les mots des maux
Hier soir eut lieu au Théâtre de Saint-Cloud une soirée spéciale organisée au profit de la Maison des Patients du Centre René Huguenin et l'Association "Un hôpital pour les enfants". A cette occasion, les textes produits dans le cadre de l'atelier d'écriture que nous avons initié à la Maison des Patients à l'occasion de la parution du tome III de l'Alphabet des Mots du Cancer ont été magnifiquement interprétés par Sara Llora, Jean-Paul Sermadiras et Pierre Jacquemont, par ailleurs directeur du Théâtre de Saint-Cloud. Mes petits mots seront également publiés dans le cadre d'un ouvrage publié par Press'Publica et mécéné par Merck-Serono.
Goutte de jour de fête - Novembre 2010 : et les nominés sont...
Le CONCOURS INTERNATIONAL GEORGE SAND DE LA NOUVELLE 2010 sur le thème "Nocturnes" a rendu son palmarès. Parmi 74 textes provenant de 14 pays différents, ma nouvelle "UNE FEMME DE BONNE VOLONTE" a été nominée. Félicitations à Marie Pontacq, grande lauréate, merci à la grande George Sand et à l'esprit qui anime les organisateurs, les membres du jury et les partenaires sponsors, non seulement passionnés mais également spontanés, sincères, réellement engagés dans leur mission. C'est assez rare dans nos univers dévorés par les "stratégies", et mon petit voyage au pays de Nohant et de Déols-en-Berry fut un vrai moment de plaisir et de rencontres.
A visiter donc : Déols, Nohant...et le site du concours : http://www.georgesand.fr/
Goutte du jour - 18 novembre 2010
Encore l'envie de parler de ceux qu'on admire. Pour les partager avec vous...
Marie Pontacq, traductrice, auteur de nouvelles pour grands et de livres pour enfants, dont la plume est précieuse, juste, saisissante. Bouleversante souvent. Nouvelle George Sand !
Régine Soulier, architecte, qui oeuvre au Musée Nissim de Camondo, et donc l'oeil de photographe a une sensibilité et une diversité de points de vue qui me parlent... ombres, graffitis, reflets...
Autre registre photographique : Christophe Raynaud de Lage, nouveau portraitiste officiel de la Comédie Française... entre bien d'autres belles images. De spectacle en particulier, dont il sait rendre l'émotion, la force et la lumière.
Hommage à Pierrot Bidon
Hommage... sera rendu à Pierrot Bidon dans le cadre du 32ème Festival Mondial du Cirque de Demain du 27 au 30 janvier. Nous n'en restons pas là... Entropik-Pierrot Bidon est née, association centre de ressource pour pérenniser l'esprit et l'oeuvre de Pierrot et, fidèle à son souhait, transmettre la "mémoire du futur"de cet avant-gardiste de génie.
Goutte du jour - 2 novembre 2010
Belles pages des autres, belles personnes et belles plumes :
Envie de partager avec vous les dernières lectures.
D'abord Richard Brautigan et Albertine Sarrazin. Tempéraments, liberté, destins, fulgurence.
Ensuite Théophile Gautier, truculence, finesse, voyages... contemporain, mais oui !
Adrien Goetz qui me va droit au coeur. Of course !
Et Stéphane Audeguy, surtout pour ses nuages.
Sans autres commentaires. Si vous avez lu, vous comprenez , et quand vous lirez, vous me direz.
J'oubliais Douna Loup, toute jeune et prometteuse. Et puis, avec un nom pareil...
On continue ?!
Goutte du jour - 1er octobre 2010
Bel hommage d'un grand homme de théâtre, à propos de "Cyrano ou la maladie de gloire" :
"(...)Votre travail pieux, intelligent, sensible, habile, donne de l'auteur une image fidèle de ses tourments, de sa "difficulté d'être" à peine croyable... et pourtant ! J'ai jadis été Chantecler à la télévision sous la direction de J.-C. Averty. Il est dommage qu'on ne le montre plus ! Mais... Reste Cyrano ! Pour moi un grand moment dont vous venez de raviver l'éclat".
Jean PIAT
Comédien, écrivain, metteur en scène
Sociétaire honoraire de la Comédie Française
Goutte du jour - 12 septembre 2010 ou... 1692
"Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence. Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes les personnes. Dites doucement et clairement votre vérité. Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants ont aussi leur histoire. Evitez les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l’esprit . Ne vous comparez avec personne : il y a toujours plus grands et plus petits que vous. Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements. Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe. Soyez vous-même. Surtout, n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez pas cynique en amour car, il est en face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe. Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse. Fortifiez une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain. Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude. Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles. Vous avez le droit d’être ici. Et qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il devrait. Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre âme. Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. Tâchez d’être heureux."
Texte anonyme daté de 1692
Encre, ciel et terre : ceux qui nous donnent à lire, voir et... penser
Les mots et les notes de Bashung dans son dernier album live "Dimanches à l'Elysée".
Van Gogh parlant du Roi Lear : "Chaque fois que je reprends ce livre, je suis obligé d'aller regarder un brin d'herbe, une branche de pin, un épi de blé pour me calmer".
Jeu de mots entre deux "vieux" anglais...
Dickens à Andersen : "La colonne vertébrale, cette ligne de partage des os".
La Bruyère évidemment...
"Il ne manque à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille, s'appelât travailler"
(cité dans "Lettres retrouvées" de Jules Renard)
Goutte du jour - 14 juin 2010
"Paris en toutes lettres". Effervescence livresque, librairesque, littéraire enfin dans la capitale. Des mots dits au coin des rues, au creux des salles obscures ou non. On se baigne, on s'ébroue dans ce bain de phrases, ces bruits de pages tournées, ses émois des mots soufflés dans les micros.
Au "104", ancien vaisseau des pompes funèbres reconverti en paquebot culturel, les mots prennent vie. Sous la grande nef, une bibliothèque, un carrefour où transitent les livres. On en dépose un et on en prend un autre.
J'ai posé "quand les loups avaient des plumes" sur une étagère. Partagée. Partagée entre l'honneur de procéder à cette offrande cérémonieusement, parmi les autres fidèles, et la timidité qui pousse à jeter le livre à la sauvette en regardant si on ne me regarde pas. Comme si c'était une honte de poser là son propre livre, comme si ça se voyait sur mon front que c'était le mien, comme si j'abandonnais un enfant au seuil d'une institution charitable. Tout l'après-midi au gré de mes passages, je le regarde à la dérobée en passant devant l'étagère. Encore là ? Plus là ? Caché entre deux ? Ah non... vite je le remets devant, l'air de rien. J'ai mis une petite dédicace au lecteur inconnu : "Bon vent, petit livre... Bonne chance aux mains qui t'emporteront avec elles !".
Une bouteille d'encre à la mer. C''est l'image qui me suit en quittant ce rivage d'une aimable terre peuplée de livres.
Goutte du jour - 25 mai 2010
Quartiers d’été
Lundi de Pentecôte. Quasi caniculaire. Le parc est constellé de bouquets, de grappes, de troupeaux humains. A l’infini des prairies, alignements mégalithiques de corps, Carnac de carnassiers pique-niquant, la chair dévorée à pleines dents sur les nappes dépliées, la chair à tous vents livrée au soleil bien et mal faisant. Déjeuners sur l’herbe, copier coller à l’infini, Monet en abyme.
Cris, rires, interjections. T’as soif t’as pas chaud où tu vas reste ici reviens finir ton assiette ne reste pas en plein soleil descend de cet arbre veux-tu descend j’ai dit je vais me lever il fait chaud trop chaud comme ça direct après l’hiver qui veut jouer il n’y a plus rien à manger où j’ai mis la glaciaire quand est-ce qu’on rentre à la maison on a bien le temps c’est lundi mais férié profitons-en à propos c’est quoi pentecôte voilà je te l’avais bien dit maintenant tu t’es fait mal et c’est bien fait le Bon Dieu t’as puni. A croire qu’il n’y a que Lui qui bosse, un lundi de Pentecôte…
Pas moyen d’entendre un oiseau chanter, une branche bruisser. Pourquoi viennent-ils donc dans la nature si c’est pour faire un tel tintouin ? Mais pour s’entendre parler, pardi ! Pour s’y amuser ! Ils ont bien le droit, rabat-joie. Evidemment, dis-je, magnanime. Moi aussi je sacrifie au rite du déjeuner sur l’herbe, écrabouillant la dite herbe sous ma couverture de voiture faite pour ça qui ne craint plus rien, brûlant mes pieds aux orties irascibles, assassinant la délicate fragrance du foin, des fleurs et de la terre avec mes relents suspects d’œufs durs, dans un concerto pour papier alu froissé et couvercles de tupperwares. Moi aussi. Et j’aime ça.
Mais aujourd’hui, mardi post-Pentecôte, même lieu même heure, je savoure.
Aujourd'hui même, surplombant de sa vêture à la française, de toute sa dignité végétale d’ancien jardin royal, sous un ciel cobalt arrogant de divin pouvoir solaire, la gigantesque fourmilière humaine qui grésille et gronronne à son pied, sanglée dans son fleuve, aujourd’hui même, le Grand Parc est pour moi.
Pour moi toute seule les oiseaux en stéréo, le silence entre deux trilles, le gratouillis des museaux dans l’humus des bosquets. Pour moi toute seule le ciel immense, pour moi toute seule ses blancs moutons. Pour moi toute seule des hectares de vert déversé en gouttes de feuilles et traits d’herbes, des milliards de graminées dolentes sous le vent.
Rien que pour moi la bernache et ses bernachons en pause de migration, oiseaux fourrus comme des boas de danseuses, greluchons aux grandes pattes emmanchés d’un long cou marchant comme des plongeurs empotés de leurs palmes. En vigie, ma mère l’oie, un tantinet acariâtre à force de méfiance, pousse son cri de mise en garde entre aboiement et klaxon.
Egoïste ! Egoïste ! Je vous entend penser. Que nenni. Je prends juste ce qui m’est offert, gourmande, affamée peut-être, mais tellement reconnaissante. Je prends en espérant pouvoir rendre au centuple. Je n’ai pourtant que de la bien petite monnaie de mots.
Goutte du jour - 11 Mai 2010
Septembre 1897
Mon cher Coquelin,
Voici les non, merci, et ils sont à point. C’est un vrai morceau à apprendre. Je l’ai dit mille fois en y changeant un mot chaque fois. Tout y est. Vous verrez mieux que moi ce qu’on peut en faire, et que de non, merci, depuis celui qu’on dit en deux fois, non ! …merci ! –jusqu’à celui qui va d’un trait. Depuis le non merci comique et léger jusqu’à celui qui s’indigne. Il y a le non merci qui semble refuser d’un plat qu’on vous passe, simplement, et celui qui repousse les présents d’Artaxercès ! Je pense qu’il faut commencer tout doucement, de sorte qu’on croie le premier non merci tout seul, et qu’on s’étonne d’en voir arriver un second. Puis à partir du moment où ils se resserrent, presser, presser, et que cela devienne une pluie –jusqu’aux trois derniers dits d’un trait pour détacher sur un brusque changement de voix le mais chanter !... Et à partir de là un lyrisme tout différent, un chant jusqu’à la fin, avec une reprise de bravoure sur le dernier vers et le tout seul !...
Mais tout cela c’était bien inutile de vous l’écrire. Vous verrez tout. Nous nous entendons si bien. Et, j’y pense encore, le non merci de dégoût sur les soupirs de vieilles dames, etc. J’attends avec impatience de vous entendre. Cent fois il faut l’avoir dans la bouche pour aller, par moments, vertigineusement vite. Avant que vous n’ayez pu savoir cette tartine, vous aurez la suite.
A vous.
Edmond Rostand
Goutte du jour - 4 mai 2010
Sur une plage vendéenne, le ciel s'est reflété en plein jour. Les étoiles se sont échouées, au gré d'un vent ou d'une marée, constellations marines sur l'arène mouillée. Tristes frémissements des pauvres charnues, incapables de retrouver leur bain... Elles nous réjouissent pourtant, ces accessibles étoiles, mythiques et fascinantes géométries de chair. Et l'on se prend à imaginer un bal de sirènes échevelées...
Goutte du jour - 16 Avril 2010
Découverte anthropologique
Escargot, fragile coquille, gluant personnage.
Lenteur déconcertante, estomac insatiable, Attila potager.
Yeux exorbités, comme cherchant à deviner ton sort, tu ne vois pourtant guère plus loin que le bout de tes cornes.
Timide jusqu’à la trouillardise te poussant au repli, à la réclusion coquillère.
Derrière toi, gluante et pailletée, l’empreinte brillante de ton éphémère passage sur terre.
Crac ! Un pied d’enfant t’a rayé de la route. Mosaïque de brisures et mollassons lambeaux font tâche sur l’asphalte. Pauvre coquille, fallacieuse forteresse.
Ta traîne filiforme et brillante luit encore un instant au soleil.
Une voiture passe, puis une autre, enrouées de boue, effaçant à jamais ta trace.
Sic transit gloria…cagouille !
D’autres escargot bientôt rouleront leur bosse et verniront la route, la corne fière et la bave altière.
Les limaces suivront, Sans Coquille Fixe, toutes nues, et tout aussi fugaces.
Nous descendons autant de l’escargot que du singe.
Goutte du jour - 12 Avril 2010
Petits bruits d’éternité
Il n’y a pas que du haut des pyramides que les siècles nous contemplent. Quand les petites griffures du temps font la preuve tout autour de nous du temps qui passe, ce temps des hommes si infime, chaque pierre de vieille muraille, chaque arbre vénérable, chaque volcan assoupi me téléporte dans un temps que je n’ai pas connu et m’en impose par son impassibilité quand tout s’agite et sic-transite autour de nous.
Je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine émotion –envie ?- face à ce que, dans un bête élan d’anthropomorphisme, je leur prête de vie : j’imagine ce qu’ils ont « vu », « entendu » et je rêve d’une vie multi-centenaire qui me donnerait de vivre plusieurs peaux et plusieurs mondes. Quelle idée !
Mais le grand choc, l’incroyable flash-back, l’expérience ultra-sensorielle sans substance illicite, c’est dans l’immobilité que je l’éprouve, yeux clos, oreilles grandes ouvertes. Allongée au flanc pentu d’une « garde », joli terme arverne qui nomme ces bulles de lave habillées de pins qui cloquent la surface du grand volcan éteint, à la frontière entre champs ondulés à la terre encore durcie de gel et bois assombris par les pins tortus, j’écoute.
Il n’y a rien d’autre au monde, en mon monde, à cet instant là, que le vent peigné par les aiguilles des pins, que l’infime raffut des bestioles qui fouissent et usinent au tréfonds de l’humus, que le pépiement des oiseaux affairés au ménage de printemps. Un chien, de temps à autres, loin là-bas chez les hommes, et en face son écho. Rien en somme, mais c’est déjà tellement.
Je ressens un étrange bien-être au bord du vertige. Le temps n’existe soudain plus, les sons de mon époque n’ont pas accès ici. J’ai une conscience soudaine, aigue et pleine à la fois, une jouissance recueillie et émoustillée en même temps, d’entendre ce que cochers et voyageurs, chasseurs (cueilleurs), soldats de retour au bercail ou rêveurs, semeurs ou laboureurs, ce que tout un chacun, d’un siècle à l’autre, voire d’un millénaire au suivant, a pu entendre. Ces mêmes sons témoignent des mêmes échos de vie sur cette petite miette de croûte terrestre.
Merci chère nature, car c’est d’abord vous que j’entends, de m’avoir transportée à si peu de frais, sans jet lag, juste avec un peu de vertige en tête et de frisson en chair, en faisant juste jouer quelques mesures d’éternité. Avec pour tout orchestre quelques arbres, de l’herbe, du vent et une poignée d’animaux dedans.
J’ouvre les yeux, je me redresse, bizarrement égarée, avec au cœur une sensation infime infiniment précieuse. Le soleil de printemps chauffe ma peau, les aiguilles grattent mes paumes au sol et l’odeur des pins tapisse mes naseaux.
Je sors du passé pour reprendre le cours du présent gonflé de ses possibles.
Un avion est passé, changement de partition.
Goutte du jour en l'honneur du 1er avril
J'affabule !
Découvrir une bulle
Fragile noctambule
Voyageant sur le dos
D’un minuscule chameau
Si petit le chameau
Qu’un fragment de molécule
Serait encore plus gros
S’inventer une bulle
Aussi belle qu’un joyau
Sorte de renoncule
Poussant dans un ruisseau
Un ruisseau ridicule
Coulant de bas en haut
Sans qu’une seule ridule
Ne vienne rider sa peau
S’imaginer une bulle
Un monde où les formules
Sont légères comme oiseaux
Où les colonnes d’Hercule
Sont plus fines que roseaux
Ou les lettres majuscules
Sont pour les jolis mots
Où seuls les funambules
Sont fêtés en héros
Je l’ai trouvée ma bulle
Où je suis bien au chaud
Riez donc, incrédules !
Mais moi, depuis ma bulle
Je vois d'un peu plus haut !
goutte du jour - 31 mars 2010
Puisque nous sommes en cuisine (une fois n'est pas coutume), voici une ...recette originelle :
Sachez avant de vous mettre en cuisine que le plat nécessite de nombreux ingrédients : il faut en effet de tout pour faire…un Monde.
Avant toute chose, bien s’équiper. Une jolie cocotte comme on en trouve à Pâques couvera votre Monde et le tiendra au chaud.
Tapissez tout d’abord le fond de la cocotte avec un très bel horizon. De préférence celui que vous aimeriez voir le matin au réveil.
Saupoudrez de doux sable doré, placez délicatement quelques rochers sans écraser de fourmis ni chasser de lapins.
Faites mousser les pins, effilez les cyprès pour qu’ils deviennent bien fins.
Jetez sur l’océan une pincée de sel, égrenez les genêts pour qu’ils enfantent au loin.
Effeuillez quelques fleurs, disposez les pétales au gré de votre inspiration. Posez délicatement sur chacune une goutte de rosée.
Quand le paysage enfin vous semble juste à point, déposez une poignée de maisons le plus discrètement possible, bien à l’abri du feu et des intempéries.
Incorporez quelques humains. Peu importe l’espèce mais choisissez-les bien. Prenez-en la moitié en bouton et l’autre mûre à point. Lavez-les à l’eau tiède, séchez-les soigneusement. Prélevez minutieusement le meilleur de chacun. Montez les blancs en neige, versez le café noir, mettez quelques zestes de fruit rouge. Surtout, ne battez pas les jaunes…
Déposez-les dans de petits caquelons, versez sur chacun une cuillerée à soupe d’amour pur et une de tolérance. Mixez, à la main, avec délicatesse.
Pour pimenter le tout, plantez quelques péchés. Des tous petits de rien du tout bien sûr, tous frais et vierges de la première pression. De ceux qui donnent du goût sans mettre le feu au plat.
Ne portez que rarement jusqu’à ébullition. Saisissez bien sûr puis maintenez à feu doux, les saveurs n’en seront que meilleures et dureront longtemps.
Asseyez-vous dans la cuisine devant la fenêtre ouverte, prenez un verre de bon vin et écoutez la cocotte et ses caquelons caqueter.
Lorsque la cocotte cocottera agréablement, démoulez cérémonieusement votre Monde. Laissez-le reposer au balcon sous un torchon à carreaux rouges ou bleus.
Et si un petit oiseau vient picorer dedans, surtout ne bougez pas, ne dites pas un mot. Laissez son bec habile dessiner des festons sur la croûte dorée.
Gouttez, chaque jour, sans en perdre une miette. Fermez les yeux, sentez, papillez, régalez-vous de cette saveur unique. Soyez fier et heureux d’en être le cuisinier.
Et à la nuit tombante regardez bien le ciel. Il vous décernera certainement sa plus brillante étoile.
goutte du jour - 29 mars 2010
Aux lendemains du Salon du Livre, retournons à nos fourneaux littéraires… et à ce propos, envie de partager avec vous une magnifique recette, non de livre mais de plat.
Citée dans « Pierre-Auguste Renoir, mon père » par Jean Renoir, la recette du poulet sauté aux champignons de Madame Renoir, dont les dîners étaient réputés autant que la peinture de son mari.
« Couper le poulet en morceaux ; le faire dorer dans très peu d’huile d’olive dans une casserole épaisse. À mesure que les morceaux sont dorés, les mettre de côté dans un plat chaud. Jeter l’huile et remettre le poulet dans la casserole avec un peu de beurre, très peu. Ajouter deux oignons hachés très fins, pas trop gros, deux tomates épluchées, un bouquet de persil, thym, une gousse d’ail, laurier, très peu d’eau chaude, sel et poivre. Remuer souvent, attention à ne pas brûler le fond. Cuire à tout petit feu. Une demi-heure avant de servir ajouter quelques champignons, des olives noires grecques, italiennes ou provençales et le foie. Un petit verre de cognac dans la casserole ouverte pour qu’il s’évapore. Au moment de servir, saupoudrer de persil et ail hachés très fin. »
Préparez, fermez les yeux, savourez… et vivez un instant dans le palais de Renoir !
Goutte du jour – 17 mars 2010
Merveilleuses et Incroyables vêtent leurs chapeaux à plumes et saluent le promeneur tête nue.
Nymphes dévêtues à l’aigrette fragile qui dans leur hâte pudique ont gardé leur chapeau, saint-cyriens musculeux au casoar fébrile dépourvus d’épaulettes, cohortes coquines, mythologiques bestiaux et canards sereins. Centaures centenaires et minotaures minéraux.
Têtes têtues, crânes de pierre revêtent leur cimier ramier, pigeon dodu.
Les enfants étourdis criaillent comme des oiseaux.
Ce matin, goélands blancs et idées noires s’envolent au jardin des Tuileries.
Martel en tête, des virgules volatiles atterrissent, redécollent et vont chuchoter à l’oreille des nuages la légende des héros.
Anges gardiens, rémiges épées, jabots gonflés, les petits esprits volages portent très haut jusqu’aux nues l’insoutenable éternité des colossales statues.
Les cumulus vaporeux mènent grand train en cortège baroque au plafond du jardin. Troupeaux de piafs, mouettes laiteuses, sombres corbeaux paissent l’herbe rase.
Les oiseaux marins posés pour une escale raturent d’un trait de plume le bord des bassins, pierres et plumes convolent en noces contre nature, queues de pies noires et blanches de mariés marmoréens.
Les petits duveteux, à peine décoquillés, prennent leurs premiers envols des crânes jusqu’aux cimes.
Cette nuit, les fantômes pétrifiés dans un éclat de lune veilleront sur le jardin silencieux.
Dans les branches immobiles palpitera en cadence inaudible l’infime souffle chaud de milliers de becs enfouis à l’abri sous leurs ailes.
goutte du jour - 14 mars 2010
Se vider la tête ! Mais quelle horreur... Prendre le risque de jeter le bébé avec l'eau du bain ? Voir filer en tourbillon dans le syphon les quelques orpaillettes qui surnagent au milieu du flot d'idioties et d'inepties dont nous nous encombrons ? Ah ça mais non ! Allongée là, immobile au bord de l'eau, je laisse mes sens prendre la godille, mes pensées dérivent , disparaissent à l'horizon sans laisser de trace, dieu merci. Et pourtant mon gouvernail gouverne, une idée a sauté comme un petit poisson, oxygène le neurone et fait plisser l'oeil. L'onde en cercle se propage en images... je me lève, prend la plume et vide mon petit seau.

Avec beaucoup de chagrin, nous saluons bien bas notre ami Pierrot qui a prêté sa plume et son imaginaire à tant de spectacles extra ordinaires. Pierrot Bidon, visionnaire du cirque moderne, a rejoint les anges de son Circo da Madrugada dans une tempête de plumes blanches et ça doit chauffer là-haut.
Ce triste 13 mars, il y avait des gros balaizes mis KO par le chagrin, des petites aux épaules carrées de s’être hissées sur les trapèzes clouées au tapis par la peine, il y avait des gens de lettres et des gens de notes, des vieux de la vieille et des minots, des fils de Guinée et des filles de Rio, il y avait des percés de partout chialant comme des enfants, des rasés de la tête et des rasés de près, quelques hommes d’argent mais surtout des cœurs d’or.
Il y avait le soleil blanchi de calcaire et la garrigue à fleur de peau, il y avait le ciel outre mer et les petits bateaux sur l’eau qui invitent au voyage comme en faisait Pierrot. Il y avait un cheval dans le pré tout en bas auquel ne manquait qu’une roulotte rouge, il y avait des larmes grosses comme des grêlons de mars qui tambourinent le poitrail et ravagent les paupières. Il y avait ce matin-là une peine si lourde que même les plumes des anges ne s’envoleraient pas. Il y avait des cœurs en loques et des voix déchirées qui tentaient de chanter. L’accordéon seul, comme chez Nino Rota, nous montrait la strada vers le cimetière aux oliviers. On se tenait serrés, on oscillait les uns contre les autres dans un ressac triste. Les musiques de ses spectacles s’égrenaient comme la litanie somptueuse et gaie des rêves partagés sur les pistes et les scènes.
La montagne Sainte-Victoire, auréolée de gloire au soleil de printemps résonnera longtemps de ces applaudissements, de cette salve infinie, de cette batucada de paumes claquées, frappées en rythme comme un cœur gonflé d’amour qui ne peut s’arrêter.
Pierrot le saltimbanque, le musicien, le dresseur de poules, le metteur en mots, en images, en tableaux, Pierrot le gueulard, le poète, le fêtard, Pierrot l’inclassable, l’insoumis, le juste, le fidèle, Pierrot le pudique qui se foutait à poil mais jamais à nu, Pierrot l’insatiable d’images, d’émotions et de goûts, Pierrot et son regard tendre sur les gosses et les potes, Pierrot, ses gros mots et ses chemises à fleurs, ses rouflaquettes et sa rondeur. Pierrot « bouinant » dans la boue marseillaise, Pierrot écrivant, acharné au labeur, Pierrot aux quatre coins de la terre ronde, ripaillant, grillant la barbaque et brûlant la chandelle par les deux bouts. Pierrot à l’humour ravageur et aux formules lapidaires et savoureuses.
Pierrot l’inlassable, l’increvable, Pierrot le dévoreur de bœuf vaincu par un sale crabe, Pierrot qui s’engageait entre les cornes de la vie comme un mata muerte, Pierrot est mort en disant qu’il n’en avait pas peur et qu’il avait de la chance. Parce que son amour et son sang vivaient toujours. Parce qu’Ana, Pedro et Antonio étaient là dans ses bras.
Que vivent son sourire et son esprit frondeur.